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La parité, par Antoinette Fouque

8-mars-2005-antoinette-fouque

La parité, pour un quatrième modèle républicain

Après trente sept ans d’engagement de femmes de toutes conditions et d’activités intenses du MLF, les droits conquis sont spectaculaires : lois d’égalité – abolition de la
« puissance paternelle », égalité parentale, professionnelle, familiale, politique -, lois contre les violences sexuelles… Au-delà, deux avancées inédites ont marqué l’une et l’autre l’émergence des femmes dans l’histoire et l’ont révolutionnée : la maîtrise de la fécondité (je préférerais dire Droit à la procréation) et la Parité.

Mais, en levant l’oubli et la censure sur les femmes et sur la fonction indispensable pour l’espèce dont notre corps est doté – la fonction génésique -, en dévoilant la misogynie constitutive de l’ensemble des civilisations, les mouvements de libération des femmes ont entraîné, et c’est logique, une résistance, une protestation virile fondamentale. Cette nouvelle misogynie rassemble en une Sainte Alliance toutes les intolérances totalitaires et intégristes, toute pensée de l’Un qui refusent altérité, alternance de la personnalité et de la structure démocratique ouverte, paritaire, partenaire. Les femmes sont les premières victimes tant des cultures traditionnelles et autoritaires qui les excluent, des régimes anti-démocratiques, que d’un ultra libéralisme mondialisé, dématérialisé. L’espèce humaine parlante et pensante, que les femmes régénèrent à chaque naissance, est déjà le dernier marché à exploiter, tandis que, paradoxalement, un gynocide (une nouvelle forme d’extermination ?) s’organise : 40 millions de petites filles ne sont pas nées du fait des foeticides, alors que 100 à 150 millions de femmes manquent en permanence au compte de l’humanité. Jusque dans nos démocraties avancées, en Europe, comme en France, la pauvreté se féminise, les violences explosent. Partout sur la planète, on rabaisse, on exploite, on exclut, on viole, on tue, des femmes.

Que faire ? Le modèle traditionnel – tota mulier in utero (‘maternité esclave) – et le modèle féministe de l’indifférentialisme unisexe – tota mulier sine utero (sexualité esclave) – ont démontré leur inefficacité. Le modèle libéral qui conjugue le négatif de chacun d’eux – femmes divisées, moitié hommes, moitié femmes —doit être dépassé. La France doit inventer un quatrième modèle républicain pour stopper l’écartèlement entre archaïsme et modernité. Un modèle libérateur, qui considère la création de vivant comme la première des richesses humaines. Un modèle qui, en intégrant la structure éthique dont cette (pro) création est porteuse, se situe hors de toute spéculation technique et marchande et de toute pollution dévastatrice. Un modèle qui, par un contrat humain, garantisse la pérennité de notre lien vital au matriciel ; qui, par une nouvelle alliance de l’humanité avec les femmes, inscrive un humanisme supérieur.
Après tous les droits acquis ces dernières années, il est temps d’élaborer une loi cadre globale qui délivre une véritable politique pour les femmes, du plus réel au plus symbolique, de la genesique à la Parité. Il est temps d’inscrire l’existence des 2 sexes dans la Constitution.

La parité constitue un bond en dehors de la logique de l’Un, de l’Unisexversalisme jacobin, d’un républicanisme neutraliste, obsolète. La Parité, par son étymologie même -partenaire, paire, partage, parturiente-, nous introduit à une autre logique, une logique du Deux, du au moins deux, tiers inclus ; nous ouvre à une culture générative, généreuse, à ce que Kant, dans « Qu ‘est-ce que les Lumières », appelle la majorité pour le genre humain… Une République vivante, vitale, démocratique, paritaire, laïque et universelle.

En ces temps de détresse, de terreur, de guerre généralisée, économique, religieuse, nationaliste, où la personnalité libérale, égoïste, égotiste ravage, pille, détruit la planète et l’espèce, la Parité nous offre une conception éthique du don où « donner, recevoir, rendre » nous invite à nous souvenir, penser, remercier ; nous ouvre à la géni(t)alité de l’espèce, à une Condition historique d’hommes et de femmes, capables de mémoire, de création et de gratitude.

Texte écrit a à la demande de Madame Nicole Ameline, ministre de la Parité, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 Mars 2005.
Ce texte est aussi publié dans Gravidanza Féminologie II,
Antoinette Fouque, Préface d’Alain Touraine, Éditions des femmes-Antoinette Fouque.

Adoption de la loi constitutionnelle sur la parité

Pour la parité

Nous qui sommes réunies ici aujourd’hui, nous avons gagné une bataille; elle est celle du mouvement des femmes, des associations, des militantes et des citoyennes. C’est la victoire d’un mouvement de civilisation, d’un mouvement d’action et de pensée, qui depuis trente ans n’a jamais fléchi.

Après l’accès des femmes au travail, et malgré les profondes inégalités qui perdurent et face auxquelles nous ne serons jamais trop vigilantes, « l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives », qui sera-semble-t-il- finalement adopté, ouvre une brèche dans le bastion rétrograde du pouvoir politique en France. Ce pouvoir rétrograde, archaïque, réservé aux hommes, la modification de la Constitution permet d’en envisager une réelle transformation.

C’est une victoire nécessaire et un grand pas vient d’être accompli.
Oui, nous aurions préféré que le terme « parité » figure dans la loi elle-même et pas uniquement son exposé des motifs. Mais nous savons bien, comme le savent aussi celles et ceux qui dans les sondages s’y sont massivement déclarés favorables, que c’est bien de la parité qu’il s’agit, c’est-à-dire d’une participation équilibrée à la vie publique, aux décisions concernant notre pays, l’Europe et le monde.

La parité est une notion qui nous vient d’Europe, et qui demain nous rapprochera davantage encore de celles qui, d’ores et déjà, ont imposé la présence des femmes dans les gouvernements et les assemblées de leur pays.

Nous venons de gagner une bataille, mais le combat est loin d’être achevé. Nous nous sommes mobilisées par dizaines de milliers, nous avons été relayées par des hommes et des femmes politiques, par des citoyens et des citoyennes mais il nous reste maintenant à accomplir la parité, à lui assurer un avenir démocratique. La parité se fera avec des femmes qu’aucune idéologie n’oblige à se renier, à s’oublier en tant que femmes; elle se fera avec des femmes qui tiennent compte de leur expérience d’êtres humains sexués, en charge du monde.
 Convertir cette extraordinaire énergie en pouvoir décisionnel est un formidable défi, qui peut faire accéder notre pays à la maturité politique et éthique, à une réelle démocratie hétérosexuée.

Création du Club Parité 2000

Au cours d’un entretien, le jeudi 23 avril 1992, Antoinette Fouque, Présidente de l’Alliance des Femmes pour la démocratie, a attiré l’attention du Premier secrétaire du Parti Socialiste, Laurent Fabius, sur la régression qui atteint les femmes aujourd’hui, notamment dans le domaine politique.
L’Observatoire de la misogynie, créé par l’Alliance des Femmes en 1989, analyse les causes et les effets de cette régression qui s’est amplifiée dans le monde entier. Les faits et chiffres publiés en novembre 1991 dans le dernier rapport de l’ONU le confirment.
En France, alors que les femmes avaient pour la première fois dans l’histoire, et sous l’impulsion du mouvement des femmes, contribué à la victoire de la gauche en 1981, leur représentativité politique s’est constamment dégradée depuis 1986. La suppression d’un ministère à part entière des Droits des femmes, puis le départ d’Édith Cresson de Matignon en sont la preuve.
Le fait que les femmes apportent désormais leurs voix aux partis écologistes, qui respectent davantage la parité, témoigne pourtant de leur volonté de participer à la vie politique.
C’est pourquoi Antoinette Fouque a décidé de créer le Club Parité 2000.
Il a pour vocation, en informant et en formant les femmes, de leur faciliter l’accès aux responsabilités politiques et à l’éligibilité, de les préparer aux prochaines échéances électorales et de leur permettre d’affirmer durablement leurs talents d’élues. La démocratie a tout à y gagner.
Une université d’été est prévue fin août ( les 28, 29 et 30, à La Garde Freinet, Var).